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Trois dynamiques se dégagent de l’actualité ferroviaire du mois d’octobre, actualité une nouvelle fois endeuillée par une catastrophe en Espagne.
La sécurité et la résilience s’imposent comme des exigences incontournables. La collision meurtrière d’Urda rappelle brutalement les exigences de sécurité ferroviaire, tandis que les canicules, les tempêtes et le vieillissement des infrastructures fragilisent la régularité des circulations. Moderniser les réseaux, anticiper les risques et garantir la continuité du service deviennent des impératifs pour les gestionnaires et les opérateurs.
Le rail poursuit son expansion mondiale, mais son financement devient un enjeu central. Du Maroc à l’Égypte, de l’Algérie à l’Europe, les grands projets se multiplient pour renforcer les connexions territoriales et les corridors commerciaux. Pourtant, face à des besoins d’investissement considérables, la question n’est plus seulement de construire davantage, mais de hiérarchiser les priorités et de mobiliser durablement les financements nécessaires.
L’industrie ferroviaire accélère sa transformation technologique et internationale. Commandes de trains en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, développement de l’intelligence artificielle, automatisation, nouvelles motorisations et maintenance prédictive témoignent d’un secteur en pleine mutation. Mais cette croissance intensifie aussi la concurrence industrielle et renforce les enjeux de production locale, de maîtrise des coûts et de compétences.
Entre ambitions de développement et contraintes opérationnelles, le ferroviaire entre dans une phase où la réussite ne se mesure plus seulement aux kilomètres construits ou aux trains commandés, mais à la capacité de financer, sécuriser et exploiter durablement des réseaux toujours plus complexes.
Nos pensées vont aux victimes d'Urda, à leurs familles et aux travailleurs du rail que cette nouvelle tragédie ne manquera pas d'ébranler.
L’actu de ce numéro
Dossiers
La colère monte en Espagne après la collision de deux trains qui a fait au moins 69 morts. Une erreur du centre de contrôle aurait précédé la collision à Urda : un train Renfe aurait été autorisé à repartir à une vitesse supérieure à la limitation à 40 km/h. Après cette nouvelle tragédie ferroviaire, le ministre des Transports évoque une erreur humaine, hypothèse contestée par les syndicats, qui ont organisé une grève de 24 heures pour réclamer des mesures de sécurité. À un mois des législatives, la catastrophe provoque une polémique politique, l’opposition mettant en cause le gouvernement et le roi réclamant des mesures préventives. Voir aussi : Une année meurtrière qui se poursuit: la dramatique série noire des accidents ferroviaires en Espagne.
Accélérer le déploiement du réseau ferroviaire à grande vitesse en Europe. Les eurodéputés préconisent un réseau à grande vitesse interopérable reliant capitales et grands pôles régionaux, avec des financements dédiés dans le budget européen 2028-2034. Ils appellent aussi à rendre les billets plus abordables, dans le cadre de l’objectif européen d’un réseau mieux connecté d’ici 2040.
Le financement des investissements dans les infrastructures de transport. Les grands projets recensés en 2026 représentent 81 milliards d’euros, dont 55 milliards de financements publics, impliquant un doublement de l’effort de l’État. Face aux contraintes budgétaires, l’étude des bénéfices socio-économiques doit permettre de hiérarchiser les projets, quels que soient leurs modes de financement.
La SNCF va inaugurer le 6 novembre son TGV de nouvelle génération sur la liaison Paris-Marseille. Après plusieurs reports depuis 2024, ce TGV construit par Alstom offrira 740 places par rame, soit 20 % de capacité supplémentaire, avec 20 % d’énergie consommée en moins. La SNCF a commandé environ 160 rames depuis 2018, pour un montant total de 4,6 milliards d’euros, destinées notamment aux liaisons françaises et internationales.
Industrie ferroviaire: pourquoi le marché mondial des trains est en pleine explosion. Le marché mondial des équipements ferroviaires devrait croître de 3,2 % par an, porté par les investissements publics et les innovations en signalisation, automatisation et maintenance prédictive. Les industriels européens restent confrontés à la fragmentation des normes nationales et à la concurrence croissante du géant chinois CRRC, favorisé par ses économies d’échelle.
L’international
Maroc: la bataille du rail s’ouvre avant 2030, l’Italie veut entrer dans la chaîne industrielle. Le Maroc investit près de 8 milliards d’euros pour étendre son réseau ferroviaire, moderniser ses infrastructures et acquérir 168 trains, tout en développant une filière industrielle nationale. Après une mission à Casablanca et 350 rendez-vous d’affaires, les entreprises italiennes cherchent à s’implanter durablement dans cette filière, misant sur la production locale et le transfert de compétences, avec un premier contrat de rails de 14 millions d’euros.
Le Maroc ajoute 38 milliards de DH à son plan ferroviaire, mais il faut trouver l’argent. Le programme élargi prévoit notamment le raccordement du port Nador West Med, le développement des trains de proximité et la modernisation du réseau, en plus de la LGV Kénitra-Marrakech. Face à une dette de l’ONCF de 49 milliards de dirhams, Rabat recherche des prêts internationaux et des financements privés, après un premier accord de 205 millions d’euros avec la BAD. Voir aussi : L’ONCF et l’UIC réunissent à Rabat les acteurs du financement ferroviaire en Afrique.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis signent un mémorandum d’entente sur l’interconnexion électrique et ferroviaire. Le volet ferroviaire vise à faciliter le transport transfrontalier de marchandises et à renforcer l’intégration logistique régionale.
Un contrat à 60 millions sans appel d’offres met Berne sous pression. ArmaSuisse justifie l’attribution directe à CFF Cargo par la complexité des transports militaires, bien que 40 % des prestations puissent être assurées par d’autres entreprises. D’autres marchés attribués sans concurrence par le DDPS, notamment dans l’informatique et l’automobile, alimentent les critiques sur la transparence des marchés publics.
L'Égypte construit une alternative terrestre au Canal de Suez. Au cœur du projet, un réseau ferroviaire électrifié de 2 000 km, estimé à 8,7 milliards de dollars, reliera les ports de la mer Rouge à ceux de la Méditerranée. Capable à terme d’acheminer 13 millions de tonnes de fret par an, il vise à sécuriser les échanges commerciaux et à renforcer l’intégration logistique africaine.
Train Alger-Tamanrasset : l’énorme défi qui attend les Chinois et les Algériens. Sur les 2 036 km prévus d’ici fin 2028, seuls 308 km sont opérationnels, alors que les entreprises algériennes et chinoises préparent le lancement de plusieurs nouveaux tronçons. Elles s’appuieront sur l’expérience de la ligne Béchar-Tindouf, réalisée en 24 mois malgré les conditions désertiques extrêmes, grâce à des techniques adaptées et des normes communes.
Régions
SNCF Réseau débloque 110 millions d’euros pour améliorer la ligne Lyon-Grenoble. Destiné à améliorer la régularité des trains, cet investissement répond à des retards touchant un TER sur cinq, dont 40 % sont liés à l’état du réseau. Le principal chantier, prévu en 2027, concernera le renouvellement des voies entre Grenoble et Voiron, pour 12 millions d’euros.
«Les régions achètent encore des trains diesel» : alors que l’Europe s’arrache les trains à batterie, la France reste au stade de l’expérimentation. Trois TER électriques à batteries, capables de parcourir 100 à 120 km sur des lignes non électrifiées, sont expérimentés ou prochainement testés en Occitanie, PACA et Nouvelle-Aquitaine. Ces rames ont été converties à partir de trains existants, alors que plusieurs pays européens ont déjà passé commande de centaines de trains à batteries.
La région Grand Est veut investir jusqu'à 600 millions d'euros dans l'achat de trains d'ici 2034. Destinés à remplacer les TER 200 de la ligne Strasbourg-Mulhouse-Bâle, les nouveaux trains pourront accueillir jusqu’à 1 200 voyageurs, contre 1 000 actuellement. La région envisage des commandes groupées avec d’autres collectivités pour réduire les coûts, tandis que CAF Reichshoffen se prépare à candidater à l’appel d’offres.
Entreprises
NGE décroche un contrat de 105 millions d’euros pour transformer le centre de maintenance TGV de Charenton. Prévu sur 28 mois, le chantier comprend la rénovation de l’atelier existant, la création de huit voies de maintenance et la reconstruction d’un bâtiment annexe. Les travaux seront réalisés sans interrompre l’activité du site, avec un démarrage des gros travaux prévu en 2028.
Canal Seine-Nord Europe : NGE remporte un marché ferroviaire de 45 millions d’euros sur la ligne Creil-Jeumont. Prévu sur trois ans dès l’automne 2026, le chantier comprend une nouvelle section électrifiée à double voie de 2,2 km et deux ponts, dont un ouvrage métallique de 101 mètres. Les travaux devront préserver le trafic ferroviaire, tout en tenant compte des sols tourbeux, du risque pyrotechnique et des contraintes environnementales.
NGE relocalise la fourniture des rails et des équipements à moins de 200 km pour régénérer la ligne Nancy – Contrexéville. Pour régénérer la ligne Nancy–Contrexéville, NGE a mobilisé des fournisseurs ferroviaires du Grand Est dans un rayon de 200 km, notamment l’usine de rails d’Hayange. Cette démarche privilégie les compétences industrielles locales pour la fourniture des voies et équipements, tandis que l’atelier de maintenance de Mirecourt est déjà en construction.
Stadler Rail: contrat de 300 millions de francs en Arabie saoudite. Saudi Arabia Railways exerce une option de 2024, portant à 20 trains sa flotte Stadler, avec une extension du contrat de maintenance. Fabriqués principalement en Suisse, ces trains de 320 places, adaptés à la chaleur et au sable, circuleront sur la ligne Riyad-Dammam dès le second semestre 2029.
Virgin prépare son retour en France et en Europe, via le tunnel sous la Manche. Virgin prévoit 13 allers-retours quotidiens Londres-Paris, quatre vers Bruxelles et trois vers Amsterdam d’ici 2030, avec 12 TGV Alstom envisagés pour 650 millions d’euros. Malgré un feu vert britannique et l’accès au dépôt de Temple Mills, le groupe doit encore obtenir les autorisations d’exploitation et les sillons ferroviaires français.
Alstom déploie son système de gestion du trafic ferroviaire à grande échelle en Nouvelle-Zélande. Développé avec KiwiRail après une phase pilote en mai 2025, le système Onvia Vision couvre environ 1 200 km de voies et près de 90 gares, entre Hamilton et Wellington. Il vise à optimiser la circulation des trains de voyageurs et de fret et à moderniser la gestion du réseau ferroviaire.
Alstom décroche une commande de 83 trains Metropolis pour Hanoï. Les 83 rames de métro à cinq voitures seront fabriquées à Valenciennes, avec la participation de cinq autres sites industriels d’Alstom en France et en Belgique (pour un montant d'environ 800 M€). Les 117 rames restantes seront assemblées au Vietnam par Vingroup, alors que Hanoï prévoit un réseau de 18 lignes totalisant 979 km d’ici 2045.
Alstom signe une prolongation de contrat de services de 15 ans, d’une valeur de près de 1 milliard d’euros, avec Greater Anglia, au Royaume-Uni. L’accord couvre la maintenance complète des 133 rames électriques Aventra de classe 720, détenues par Angel Trains et exploitées sur les réseaux régionaux et de banlieue. Réalisées au dépôt de Seven Kings, les prestations comprennent les révisions, les réparations et l’amélioration de la fiabilité, tout en pérennisant une centaine d’emplois.
ALSTOM S.A : Alstom accompagne la modernisation du Gautrain, le réseau ferroviaire express de la province du Gauteng, en Afrique du Sud. Partenaire du consortium Sihamba Sonke Mobility, Alstom assurera pour 800 millions d’euros de prestations sur 15 ans, comprenant la fourniture de huit trains fabriqués localement. Le programme prévoit aussi la modernisation de la signalisation, des communications et des rames existantes, ainsi que leur maintenance, afin d’accroître la capacité et la fréquence des dessertes.
Alstom finalise la livraison de 106 rames de métro à Singapour. Commandées en 2018 et 2019, les 106 rames Movia, soit 636 voitures, ont été fabriquées en Chine avec la participation des équipes internationales d’Alstom. Destinées aux lignes Nord-Sud et Est-Ouest, elles renouvellent la flotte du métro MRT et visent à améliorer le confort, l’accessibilité et les performances du réseau.
Stadler teste un train à hydrogène pour la Sardaigne. Stadler a aménagé une voie d’essai de 4 km à Schaffhouse, avec un troisième rail reproduisant l’écartement italien de 950 mm, pour tester ses trains à hydrogène. Au total, 21 rames destinées à la Sardaigne, à la Calabre et à la Sicile y subiront des essais de propulsion, de freinage et d’accélération avant leur livraison.
Dernier train pour Transfesa. "C’était l’oxygène du village" : la fermeture de l'entreprise ferroviaire menace 35 emplois et un savoir-faire historique. À Cerbère, la chute du trafic de fret, passé de 20 trains par jour à six par semaine, menace une activité de changement d’essieux exercée depuis 1953. Face aux risques économiques et à la perte de compétences, les élus recherchent des repreneurs pour développer notamment la maintenance ferroviaire ; cinq entreprises se sont manifestées.
Les CFF ont recensé près de 100 déformations de voies ferrées cet été en raison de la chaleur. Les 97 déformations recensées durant l’été 2026 représentent près de quatre fois le niveau de 2025, sans incidence sur la sécurité selon les CFF. Un groupe de travail étudie des mesures de prévention, notamment les traverses en béton et l’adaptation du soudage des rails, la peinture blanche ayant montré une efficacité limitée.
Ferroviaire : Après un été caniculaire, la SNCF veut accélérer sur l’adaptation au dérèglement climatique. Après un été 2026 marqué par les incendies, les orages et les défaillances de climatisation, les retards de plus de trois heures ont augmenté de 50 %. La SNCF mise sur la rénovation du réseau et le remplacement des anciens trains Corail par les rames Oxygène, attendues dès l’été 2027, pour améliorer sa résilience. Voir aussi : Canicules et incendies : ce que le brûlant été 2026 a coûté à la SNCF.
Et aussi..
Tempêtes météo et tempêtes sociales : perturbations dans les transports publics vendredi et ce week-end. La tempête Austen et les fortes pluies ont provoqué de nombreuses interruptions de RER, TER, TGV et Intercités, notamment en Île-de-France, dans le Nord-Ouest et en Occitanie. Des manifestations et couvre-feux ont également perturbé les transports à Paris, Orléans, Mulhouse et dans les Alpes, avec des reprises ferroviaires échelonnées jusqu’à mardi. Voir aussi : Après la tempête, les trains et le réseau électrique retrouvent peu à peu un fonctionnement normal en Normandie.
Rame sans conducteur, paiement par reconnaissance faciale... Partout dans le monde, le ferroviaire intègre de plus en plus l'IA pour générer des dizaines de milliards d'économies par an. Selon le BCG, l’IA pourrait réduire les coûts mondiaux du ferroviaire de 36 à 79 milliards de dollars, notamment grâce à la maintenance prédictive et à l’automatisation. L’Asie multiplie les applications opérationnelles, tandis que l’Europe reste freinée par des contraintes réglementaires, éthiques et sociales ; la SNCF revendique déjà 120 usages déployés.
Le train à grande vitesse Dr.S fait ses débuts. Successeur du Doctor Yellow japonais, ce Shinkansen combine transport de passagers et équipements d’inspection des voies et installations ferroviaires. Quatre rames seront progressivement déployées pour des inspections à grande échelle dès janvier, après une première phase d’exploitation sans inspection.
La gare de Lyon Part-Dieu distinguée parmi les "plus belles gares du monde" en 2026. Après près de dix ans de travaux, la gare a doublé sa surface, multiplié ses accès et renforcé son rôle de liaison entre les quartiers lyonnais. Seule gare française parmi les sept sélectionnées, elle concourra le 10 décembre pour l’une des trois distinctions mondiales du Prix Versailles.
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