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Trois dynamiques structurantes traversent l’actualité ferroviaire de ce mois de septembre.
D’abord, le rail s’affirme plus que jamais comme une infrastructure stratégique et un enjeu de souveraineté. De l’Ukraine à Rail Baltica, des projets marocains au tunnel sous Gibraltar, les réseaux ferroviaires participent autant à la mobilité et au développement économique qu’à la sécurité des territoires et à leur intégration dans de nouveaux corridors internationaux.
Ensuite, la résilience devient un impératif majeur. Adaptation aux événements climatiques extrêmes, protection face aux sabotages et aux cyberattaques, modernisation des infrastructures vieillissantes : maintenir la continuité et la sécurité du service suppose désormais d’anticiper des risques multiples, tout en investissant durablement dans les réseaux.
Enfin, l’industrie ferroviaire cherche à changer d’échelle. Standardisation des matériels, trains à batteries ou à hydrogène, maintenance prédictive, recyclage des composants et montée en puissance de nouveaux opérateurs témoignent d’une même recherche : produire plus efficacement, décarboner davantage et absorber une demande ferroviaire croissante.
Au croisement de ces transformations, le rail apparaît de moins en moins comme un simple mode de transport : il devient une infrastructure de résilience, dont la performance industrielle, la sécurité et la capacité d’adaptation conditionnent directement la mobilité et la souveraineté des territoires.
L’actu de ce numéro
Dossiers
« Géopolitique du train » – 4 questions à Claude Leblanc. Ancien rédacteur en chef de Courrier international et de Jeune Afrique, Claude Leblanc présente le rail comme un instrument de puissance, de souveraineté territoriale et d’influence diplomatique, aujourd’hui particulièrement exploité par la Chine, l’Inde ou la Turquie. La guerre en Ukraine a aussi révélé son rôle stratégique pour la logistique militaire et l’ancrage géopolitique, tout en mettant en évidence certaines faiblesses des infrastructures ferroviaires européennes.
Le déficit commercial du Maroc bondit de 26,5%: ce qui creuse la facture. À fin juillet 2026, les importations progressent nettement plus vite que les exportations, notamment sous l’effet des achats de biens d’équipement et d’énergie. Cette tendance pourrait s’accentuer avec les investissements du Mondial 2030, dont le ferroviaire est le premier bénéficiaire, notamment la LGV vers Marrakech, une partie importante des équipements devant être importée.
« Rendre le système résistant aux chocs climatiques » : comment le trafic ferroviaire va devoir s’adapter après « l’été le plus chaud ». Les canicules, orages et autres événements extrêmes fragilisent un réseau ferroviaire pourtant essentiel à la décarbonation, imposant d’importants investissements pour adapter voies, caténaires et matériel roulant. Face à des chaleurs appelées à s’intensifier, autorités et industriels privilégient davantage la résilience, notamment avec des climatisations capables de fonctionner jusqu’à 55 °C et la modernisation des infrastructures vieillissantes.
Fragilisés par les demandes de trains sur mesure, les constructeurs ferroviaires appellent leurs clients à plus de standardisation. Malgré des carnets de commandes bien remplis, les constructeurs européens peinent à rentabiliser les petites séries de trains très personnalisés, qui nécessitent davantage de conception et allongent les délais. Alstom et CAF souhaitent donc davantage de standardisation afin de réduire les coûts et les risques industriels, tout en livrant les matériels plus rapidement. Voir aussi : Construction ferroviaire: Alstom veut passer de la "haute couture" au "prêt-à-porter".
L’international
La Chine en a un qui peut foncer à 800 km/h, le Japon veut le sien à 60 milliards d'euros: les trains Maglev qui "flottent" au-dessus des rails vont-ils finir par remplacer nos bons vieux TGV ? La Chine et le Japon accélèrent sur les trains Maglev, capables de dépasser 500 km/h grâce à la sustentation magnétique, le Japon investissant notamment 60 milliards d’euros dans une ligne Tokyo-Osaka. Mais leur coût élevé, leur forte consommation énergétique et la nécessité d’infrastructures dédiées rendent, selon les experts cités, leur déploiement à grande échelle peu adapté à l’Europe face aux lignes à grande vitesse classiques.
"Face aux tensions géopolitiques, le train est un outil stratégique". Rail Baltica doit relier les pays baltes à la Pologne et au réseau ferroviaire européen standard, rompant ainsi leur dernière dépendance infrastructurelle envers le système russe et renforçant un axe jugé stratégique, notamment sur le plan militaire. Mais ce projet de près de 900 km, désormais estimé à 24 milliards d’euros, accumule retards et surcoûts, soulevant la question d’un financement européen supplémentaire.
L’ONCF prépare son architecture nationale de vidéosurveillance et d’intelligence artificielle à l’horizon 2030 pour 1,08 million de dirhams. Le futur dispositif doit définir les besoins, l’architecture technique et l’interconnexion des équipements de sûreté afin d’accompagner l’importante extension et modernisation du réseau ferroviaire marocain d’ici 2030. Cette transformation s’inscrit dans un programme de 96 milliards de dirhams couvrant notamment la LGV Kénitra-Marrakech, 168 nouvelles rames et la modernisation du réseau existant.
En Ukraine, faire rouler les trains, nerf de la guerre. Face aux frappes russes qui ont détruit ou endommagé des centaines de locomotives, l’Ukraine répare et remet en service du matériel ancien pour maintenir un réseau essentiel aux civils, au fret et à l’armée. En attendant 55 locomotives Alstom prévues à partir de 2027, l’industrie ferroviaire poursuit sa production malgré les attaques et les coupures d’électricité, avec notamment un projet d’usine souterraine à Kharkiv.
En Israël, un programme ferroviaire de grande ampleur : 17 Mds ILS. Le programme prévoit des lignes à grande vitesse jusqu’à 250 km/h reliant notamment Haïfa, Tel Aviv et Beer Sheva, avec un premier appel d’offres concernant la section Haïfa–Dor. Intégré au plan ferroviaire à l’horizon 2040, il vise une capacité de 300 millions de passagers par an afin d’accompagner la croissance démographique et le développement économique.
Tunnel Maroc-Espagne sous Gibraltar : une petite étude pour un projet ferroviaire géant. L’Espagne va analyser 125 échantillons rocheux afin de mieux évaluer les difficultés géologiques du tracé et préparer une éventuelle galerie exploratoire, dont la décision est attendue en 2027. Le projet, encore au stade des études, prévoit deux tubes ferroviaires pour voyageurs et marchandises entre l’Europe et l’Afrique, avec une éventuelle mise en service entre 2035 et 2040.
Une vague de sabotages a momentanément paralysé le réseau ferroviaire néerlandais mardi. Des objets placés volontairement sur les voies à une trentaine d’endroits ont fortement perturbé le trafic dans le centre et l’est des Pays-Bas, avant une reprise de la circulation dans l’après-midi. Une enquête est en cours pour identifier les responsables et leurs motivations, plusieurs pistes étant évoquées sans qu’aucune, y compris celle d’une implication russe, ne soit établie.
Liaison ferroviaire à grande vitesse vers le Portugal – C'est plus proche que vous ne le pensez. Renfe réoriente son expansion vers le Portugal, où elle entend exploiter des trains à grande vitesse et concurrencer CP notamment par la rapidité, le confort et la qualité de service. La future liaison Lisbonne-Madrid doit progressivement réduire le trajet jusqu’à environ trois heures, avec l’ambition à terme de mieux intégrer le Portugal au réseau ferroviaire à grande vitesse européen.
Régions
Ferroviaire : le premier train à batteries français entre en service dans le Gard. Le premier train régional français à batteries, un ancien TER liO dont les moteurs diesel ont été remplacés, est expérimenté pendant au moins deux ans entre Nîmes et Vauvert, avec plus de 80 km d’autonomie hors caténaires. Ce test doit évaluer la viabilité d’un déploiement plus large de cette solution, moins coûteuse que l’électrification des lignes et destinée à réduire le recours au diesel. Voir aussi : Bordeaux–Mont-de-Marsan teste son premier TER à batteries.
"De nombreuses lignes présentent un niveau de vétusté préoccupant": trois régions du Massif Central demandent à l’État un plan stratégique pour leur réseau ferroviaire. Les régions Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine réclament à l’État une stratégie ferroviaire financée jusqu’en 2040 pour moderniser les axes du Massif central, fragilisés par des décennies de sous-investissement. L’État a déjà engagé 700 millions d’euros pour 28 nouveaux trains Intercités et 1,3 milliard pour régénérer certaines lignes, mais les dessertes fines nécessitent encore d’importants investissements.
VIDÉO - Certains trains désormais en "arrêt à la demande", en levant la main sur le quai, en Lozère. Depuis fin août, dix gares lozériennes expérimentent un système où les voyageurs signalent leur présence au conducteur et indiquent à bord leur gare de descente, évitant les haltes inutiles. Testé pendant six à huit mois, le dispositif vise à améliorer la régularité des trains liO tout en réduisant la consommation d’énergie et les émissions de CO₂.
Nancy-Lyon : le train fait mieux que prévu… et fait baisser la facture. Avec 153 800 voyageurs en un an, la liaison rétablie fin 2024 enregistre une fréquentation supérieure aux prévisions, générant davantage de recettes et réduisant le déficit à financer par les collectivités. Leur contribution sur 2025-2028 passe ainsi de 24 à 19,08 millions d’euros, tandis que le Grand Nancy économisera 120 000 euros par an à partir de 2026.
La gare de Lyon devient la première « gare remarquable » labellisée par la SNCF. La SNCF lance un label destiné à valoriser les gares présentant un intérêt architectural ou mémoriel particulier, avec 47 autres sites déjà identifiés et de futures candidatures à examiner. Cette démarche accompagne des investissements patrimoniaux croissants, tandis que la restauration de la façade historique parisienne doit s’achever au printemps 2027.
Un investissement de 600 millions d'euros et une réouverture en 2035 : le projet de ligne ferroviaire Pau-Canfranc attend le feu vert de l'Etat. Le projet vise une remise en service en 2035, avec 600 millions d’euros de travaux côté français et une enquête publique prévue prochainement après plusieurs ateliers franco-espagnols. Alors que l’Espagne se dit prête et que l’Europe financerait 50 % de l’opération, la participation financière de l’État français reste la principale incertitude.
Déraillement d'un train : un morceau de rail "déchiqueté par le choc" au cœur de l'enquête selon le procureur de Rouen. Un morceau de rail placé légèrement en travers de la voie pourrait être à l’origine du déraillement qui a fait 44 blessés, tandis que ses fragments sont analysés pour rechercher des traces et comprendre les circonstances de l’accident. Aucune piste ni interpellation n’est à ce stade retenue, et les enquêteurs exploitent notamment boîtes noires, vidéos, témoignages et données ferroviaires pour déterminer comment et pourquoi l’obstacle s’est retrouvé sur la voie.
Occitanie : Carole Delga annonce un projet "inédit en France" pour les trains régionaux. La Région Occitanie financera et construira elle-même un centre de maintenance à Colombiers, destiné notamment aux 18 nouvelles rames Regio2N et dont la mise en service est prévue fin 2028. Le site doit soulager les ateliers existants saturés, accompagner l’augmentation du trafic liO et du SERM de Montpellier, tout en favorisant le développement du fret ferroviaire local.
Entreprises
Concurrence de la SNCF : Velvet obtient la licence ferroviaire, vers de nouvelles rames et liaisons en 2028. Velvet a obtenu sa licence ferroviaire et prévoit de lancer dès l’été 2028 des TGV reliant Paris à Bordeaux, Rennes, Nantes et Angers, sous réserve d’obtenir la certification de sécurité. Forte d’une levée de fonds d’un milliard d’euros destinée notamment à financer une dizaine de rames Alstom, elle deviendrait le troisième concurrent de la SNCF en France après Trenitalia et Renfe.
Alstom remporte un contrat majeur pour le renouvellement de la flotte de trains longue distance de VIA Rail Canada. Alstom fournira à VIA Rail Canada 313 voitures Adessia pour remplacer sa flotte longue distance vieillissante, dans le cadre d’un contrat de 4,7 milliards de dollars canadiens incluant 15 ans de soutien technique et de pièces détachées. Conçue et fabriquée au Canada, cette flotte modernisera les liaisons desservant près de 400 collectivités et devrait créer ou maintenir jusqu’à 670 emplois directs dans le pays.
Après le TGV, c'est à Belfort qu'Alstom va produire une nouvelle génération de locomotives pour remplacer le diesel. Alstom produira dans son usine historique de Belfort une nouvelle gamme de locomotives de manœuvre, ouvrant de nouvelles perspectives d’activité et d’emploi pour le site. Le groupe entend profiter du renouvellement de plusieurs milliers de locomotives européennes vieillissantes, majoritairement diesel, accéléré par les objectifs de décarbonation de l’UE.
Le Français Alstom décroche un contrat mirobolant au Royaume-Uni pour des trains à batterie. Alstom a décroché un contrat de 1,2 milliard d’euros pour fournir 29 trains à batterie à TransPennine Express et assurer leur maintenance, avec une mise en service prévue en 2032 dans le nord de l’Angleterre. Conçus et construits au Royaume-Uni, ces trains permettront de réduire les émissions sur des lignes dont l’électrification par caténaires serait trop coûteuse.
TGV M : la SNCF et Alstom reportent de nouveau la mise en service en France, à "l'automne 2026". La mise en service commerciale du nouveau train sur Paris-Marseille est désormais prévue dans le courant de l’automne 2026, après plusieurs reports successifs depuis 2024. SNCF et Alstom prolongent les essais afin d’affiner certains réglages liés notamment au confort et au service à bord, malgré l’homologation du train en mai et son bon fonctionnement global.
Le constructeur CAF rafle un contrat à 150 millions d'euros : 15 tram-trains parisiens assemblés à Bagnères-de-Bigorre. CAF a décroché un contrat de plus de 150 millions d’euros auprès d’Île-de-France Mobilités pour 15 tram-trains destinés au prolongement du T13 vers Achères. Les rames seront notamment conçues à Reichshoffen et Saragosse puis assemblées à Bagnères-de-Bigorre, renforçant l’implantation industrielle de CAF en France.
Après ses trains à grande vitesse défectueux, une cyberattaque dopée à l'IA frappe la compagnie ferroviaire publique espagnole. Renfe indique que des pirates ont accédé, via des serveurs compromis d’Adif, à certaines données limitées de voyageurs, principalement des noms et adresses e-mail, sans preuve d’accès aux informations bancaires ou sensibles. Des médias espagnols rapportent que l’attaque aurait utilisé l’intelligence artificielle et permis de dérober 500 Go de données, tandis que le trafic ferroviaire fonctionne normalement. Voir aussi : Deux entreprises ferroviaires de Tokyo signalent des failles de sécurité en ligne.
EUROPLASMA : Valdunes Industries et Saarstahl Ascoval s’associent pour développer une nouvelle génération de « roues vertes ». Valdunes Industries et Saarstahl Ascoval vont recycler l’acier de roues ferroviaires en fin de vie pour fabriquer de nouvelles roues bas-carbone, avec de premières livraisons prévues fin 2026. Produites localement dans les Hauts-de-France, elles doivent réduire les émissions liées à la fabrication et au transport tout en renforçant une chaîne d’approvisionnement ferroviaire française.
Co-créer la valeur des transports de demain : CRRC présente trois trains en taille réelle et des solutions complètes à l’occasion d’InnoTrans 2026. CRRC a dévoilé trois véhicules destinés au marché mondial : un métro intégrant l’IA, une locomotive hybride à hydrogène zéro émission et un wagon plat intelligent pour le fret. Le constructeur mise sur la réduction de la consommation énergétique, la maintenance intelligente et ses solutions numériques intégrées pour rendre les réseaux ferroviaires plus propres et efficaces.
Alstom s’associe à Decathlon pour imaginer le futur des déplacements vélo + train. Alstom et Decathlon ont imaginé un concept combinant vélo pliant connecté, réservation et guidage numériques, ainsi qu’un compartiment sécurisé permettant de faciliter l’embarquement et le transport des vélos. Le projet reste toutefois expérimental : aucun modèle de train, nombre d’emplacements, opérateur partenaire ni calendrier de mise en service n’a été annoncé.
Et aussi..
Les gares-chalets, un patrimoine unique qui a façonné l'image pittoresque de la Suisse. Nées à l’âge d’or du chemin de fer, les gares-chalets ont contribué à façonner l’image pittoresque de la Suisse tout en valorisant le savoir-faire de ses charpentiers et en attirant les touristes étrangers. Encore nombreuses mais diversement reconverties ou modernisées, elles constituent aujourd’hui un patrimoine ferroviaire singulier, auquel une exposition à Finhaut (VS) est consacrée.
Le train du Puy du Fou va rouler pour de vrai en 2027 : six jours, 4 000 km et 42 voyageurs à bord. Après plusieurs reports liés à l’homologation des voitures, les premiers départs sont prévus en 2027, avec 42 voyageurs maximum pour un périple de six jours et 4 000 km. Conçu comme un spectacle itinérant avec des comédiens et un récit se poursuivant d’escale en escale, ce voyage haut de gamme sera proposé à partir de 8 450 euros (à peine ;) par personne.
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